08 mai 2007
MAIS AVANT
En faisant des recherches, je suis tombée sur cela , et, je ne peux pas ne pas le mettre !
« LE PAYS D’OÙ ON NE REVIENT JAMAIS »
Film de José Vieira, 2006
Qu’est-ce qui pousse à retourner aux racines ? qu’est-ce qui pousse à
un témoignage ultime au cœur de la souffrance et du déchirement : quels
oublis, quels silences et de quels non-dits ouvrent, en partant de
notre histoire les questions de notre devenir ?
Etre immigré – Partir revenir, être déchiré entre deux pays , entre deux vies , entre deux langues , entre deux cultures : telle est l’histoire sensible, militante, forte au ton juste que raconte José Vieira dans son film « le pays d’où on ne revient jamais »
C’est l’histoire d’un père, d’un fils, d’une famille, de familles, de l’exil, du travail, de la terre, de la langue, du retour, de la vie, de la pauvreté, de la solitude, du pays, de l’autre, de là-bas...des pertes de repères du temps , des dates, de l’absence quand il y a trop d’absences, on est absent où qu’on soit, on est absent à soi-même, aux autres, au monde.
José Vieira explore avec beaucoup de pudeur l’absence, le manque, le non-dit déchirant, le non-dit sur un drôle de voyage, l’exil – ou la mort- avec l’utopie, l’illusion vivace du retour et il nous rend singulièrement présents les visages de ces femmes , de ces hommes, et de ces enfants que l’histoire semblait avoir gommés.
Là-bas…on ne sait pas si c’est là-bas, le pays d’où on vient, les racines, l’enfance, Oliveira de Frades au Portugal, la dictature, la pauvreté d’une terre, l’exil ou là-bas le pays d’où on revient, la France, d’autres racines plus jeunes, des petits-enfants, la liberté conquise, acquise, l’autre exil de la terre d’adoption.
C’est une histoire, son histoire, et c’est toutes les histoires de tous les immigrés déchirés entre là-bas et là-bas, entre la terre natale et la terre d’accueil, entre la langue de mots du cœur et la langue d’autres mots de la vie, entre le pays où on revient en vacances et le pays des autres qui y viennent aussi en vacances.
Entre souffrance et souffrance, entre la vie rêvée et la vie vécue, l’entre-deux des départs, des retours, l’illusion du retour qui « est bon pour faire rentrer des devises ». Dans cette quête, dans ce voyage, José Vieira nous mène au cœur de l’intime, au cœur de soi, dans les ambivalences et les contradictions qui traversent tout immigré avec le manque, la nostalgie inscrits dans le cœur, dans la pensée, dans le geste retrouvé du forgeron, dans la musique et le chant, ces porteurs d’illusion, ces travailleurs de l’imaginaire et du réel tout comme le film qu’il a réalisé.
Ce sont des histoires de vie ordinaires, banales, terrifiantes peut-être mais uniques, transcendées par chaque parole, par chaque visage : autant de mots retrouvés avec la saveur du sud, du soleil et autant de questions posées en creux dans les brumes du nord, dans les paysages des chantiers des trente glorieuses.
Ces immigrés ont construit la France moderne, ils retournent, ultime voyage vers les lopins de terre en friches, à l’abandon et s’y effacent jusqu’à s’y perdre définitivement une fois leur force de travail épuisée. Que reste t-il d’eux, sur quelles traces leurs descendants marcheront-ils, quelles mémoires questionneront-ils , dans l’espace et le temps de l’exil, de l’immigration qui a « bousillé » autant de vies.
Le pays d’où on ne revient jamais est un beau, un grand film, un film au ton juste qui pose toutes les questions de l’immigration, sans prétention, sensiblement et avec force au moment où on s’apprête à légitimer dans la loi, tous les délits de sale gueule, où on statue sur l’étranger de façon inique.
Dans ce modeste voyage on entre par la grande porte dans l’histoire humaine, la vraie, la belle, la grande humanité et nos parlementaires feraient bien de s’inspirer de ce regard, de cette voix avant de voter : ce film devrait être projeté sur les chaînes de télévision du Parlement et pas seulement le 16 mai à 00h30 sur FR3, comme si là encore, il y avait une volonté d’effacement du témoignage.
Regardez, enregistrez ce film qui parle de chacun , du voisin, de l’Autre, du proche, à l’heure européenne, à l’heure des replis communautaires, il ouvre le coeur et l’esprit à la vérité sur exister, immigrer, être, avoir, vivre, mourir et sans aucun doute aimer.
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