04 mai 2007
Le duel Royal/Sarkozy: historique pour les rapports hommes-femmes-pouvoir
PARIS (AFP)
- Le face-à-face Nicolas Sarkozy/Ségolène Royal constitue un "événement
historique" susceptible de bousculer "les relations des sexes et du
pouvoir", selon des chercheuses questionnées par l'AFP.
"Quelle
que soit l'issue du scrutin, cela (le débat) aura eu lieu", insiste
l'historienne Michelle Perrot, auteur de "Histoire des femmes",
rappelant que longtemps "le pouvoir a été vu comme une affaire
d'homme".
Pour elle,
"ce face-à-face d'un homme et d'une femme en compétition pour le pouvoir
présidentiel est en soi un événement qui s'inscrit dans l'Histoire" et
"cette situation inédite a exercé un poids important sur l'un et
l'autre".
"Nicolas
Sarkozy s'est retrouvé sur la défensive. Il avait très fort à l'esprit l'image
de la +femme battue+ et n'a surtout pas voulu apparaître comme machiste et
dominant. Du coup, il a rentré ses griffes, refoulé sa violence et cela l'a
privé d'une partie de ses moyens, en le cantonnant dans le débat
technique", poursuit l'historienne.
Quant à Ségolène
Royal, elle était "de ce point de vue là plus libérée. Elle n'avait rien à
perdre. Elle y est allée carrément, sans complexe", ajoute Mme Perrot.
L'historienne
relève que "pour la première fois, l'inégalité" supposée en politique
entre un homme et une femme "s'est retournée contre l'homme".
Même
analyse de la politologue Mariette Sineau pour qui M. Sarkozy a "bien
intégré ce paramètre". "Du coup, il a été d'une douceur inouïe et
l'un et l'autre ont été à contre-emploi: Ségolène Royal a été offensive, elle
avait intérêt à bousculer les choses; Nicolas Sarkozy est resté dans la
prudence, quitte à être très consensuel par moment".
Pour sa
part, la présidente de l'Observatoire de la parité Marie-Jo Zimmermann,
également députée UMP, s'est étonnée de "l'agressivité" de Mme Royal,
estimant qu'une "femme n'est pas obligée d'utiliser ce type de
fonctionnement face à un homme". "Cela me navre car elle donne une
mauvaise image des femmes".
Mme Perrot
comme Mme Sineau ont noté que Ségolène Royal ne s'était absolument pas placée
dans le registre de la séduction. "Sa beauté est évidente, elle n'avait
pas besoin d'insister là-dessus. Elle voulait signifier que c'est sa compétence
qui comptait. Elle a tenu à affirmer son autorité et sa capacité de +femme
publique+".
Les deux
compétiteurs étaient "à front renversé" et Mme Royal "a essayé
de déstabiliser" son adversaire "sur son incompétence", estime
Mme Sineau.
Pour la
politologue, la candidate PS a cherché à s'adresser durant le débat à
l'électorat qui lui est le plus défavorable, "les femmes plus âgées",
dont le vote s'est retrouvé majoritairement sur Nicolas Sarkozy au premier
tour. "Elle s'est adressée aux femmes retraitées, aux mères au foyer et de
ce point de vue là, elle a sexé son discours, ce que n'a pas fait son
rival", dit-elle.
Jugeant
qu'il y a quelque chose "d'irréversible dans la montée des femmes en politique",
Mme Perrot note que depuis "5 ou 6 ans", on assiste à ce phénomène.
Elle se dit ainsi "sidérée de voir à quel point l'armée a changé".
"L'arrivée d'une femme (Michèle Alliot-Marie) à la tête du ministère de la
Défense n'a pas posé de problème".
Par Sylvie MALIGORNE
Pour revoir le débat : sur le site du SENAT
Et toujours de bons commentaires sur le blog de JOCELYNE
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