25 avril 2007
LES DIX FRACTURES PROPOSEES PAR NICOLAS SARKOZY
Les dix fractures programmées de Sarkozy
Que serait la France de Nicolas Sarkozy s'il accédait, le 6
mai, à la présidence de la République ? Quelles sont ses volontés de réforme,
ses mesures prioritaires ? En meeting, il répète que ses adversaires veulent le
«diaboliser» et lui vouent de la «haine». Loin de
nourrir de tels sentiments, Libération décrypte en 10 points les
projets du candidat UMP qui fâchent.
Une certaine idée de la justice
Ce qu'il veut faire. Il a
promis de «lutter contre la récidive en instituant des peines plancher pour
les multirécidivistes». La dernière loi visant à réprimer plus
sévèrement la récidive (élargissement des critères de la récidive, limitation
des sursis...) remonte à décembre 2005. Nicolas Sarkozy veut qu'au bout de
trois fois le condamné écope de la peine maximale prévue. Ce qui malmène le
principe de l'individualisation de la peine inscrit dans la tradition
juridique, la Constitution et la Convention européenne des droits de l'homme.
Tous les spécialistes estiment qu'une telle mesure fera exploser la population
pénitentiaire.
Sarkozy veut aussi supprimer l'excuse de minorité pour les
récidivistes de plus de 16 ans, et aligner progressivement la justice des
mineurs sur celle des majeurs. Il tient aussi à «expérimenter» une séparation
entre les mineurs dont s'occupent les juges des enfants : d'un côté les
victimes, de l'autre les délinquants. Sachant que les frontières sont
totalement perméables.
Ce qu'il a fait. Il a
beaucoup joué avec le principe de la séparation des pouvoirs, en mettant en
cause personnellement des magistrats, notamment ceux du tribunal des enfants de
Bobigny, accusés de «démissionner» face aux délinquants. Au point
que Guy Canivet, le premier président de la Cour de cassation, avait été reçu
par Jacques Chirac, en septembre 2006, après avoir exprimé sa colère pour
dénoncer «les termes provocants» de Sarkozy, alors ministre de
l'Intérieur, «mettant en cause le fonctionnement de l'institution
judiciaire». Le haut magistrat se montrait alors désireux d'exposer
au chef de l'Etat «la gravité de ces atteintes réitérées à la répartition
des pouvoirs prévue par la Constitution et le malaise ressenti par les
juges».
Sarkozy a aussi multiplié le fichage en étendant notamment
le fichier national automatisé des empreintes génétiques créé sous la gauche
pour pister les délinquants sexuels à quasiment tous les délits. Contre
l'avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, ce fichier
ne contient pas que des condamnés mais aussi des suspects.
Une certaine idée de la police
Ce qu'il veut faire. Le
ministre de l'Intérieur en avait rêvé contre l'avis de Jacques Chirac, et cette
fois le candidat à l'Elysée est bien décidé à la mettre en place : une
direction unique du renseignement qui réunirait Renseignements généraux (RG) et
Direction de la surveillance du territoire (DST). Officiellement, il s'agit de
lutter plus efficacement contre le terrorisme. Une direction unifiée aurait
également l'avantage d'être plus facilement contrôlable pour le pouvoir politique
avec un homme idoine à sa tête. Nicolas Sarkozy veut également faire voter une
nouvelle loi de programmation afin de «combler» les poches de retard des forces
de l'ordre en matière de cryptologie, de biométrie et d'équipements. Lors de
ses deux précédents passages place Beauvau, Nicolas Sarkozy avait déjà
largement communiqué sur les technologies (pistolet à décharge électrique,
caméras...) au service de la police.
Ce qu'il a fait. Dès son
arrivée au ministère de l'Intérieur au printemps 2002, Nicolas Sarkozy s'est
attaché à galvaniser des policiers et des gendarmes qui avaient manifesté leur
blues dans la rue à l'automne 2001. Il leur a garanti moyens et effectifs dans
une loi de programmation votée durant l'été 2002. Le deuxième étage de la fusée
sécuritaire Sarkozy a été la mise en place de la «culture du
résultat», aujourd'hui largement décriée dans les commissariats. Lors
de leurs dernières élections professionnelles, les policiers ont dénoncé, la «chasse
aux crânes», c'est-à-dire l'inflation des interpellations et des
gardes à vue. Enfin, il est le ministre de l'Intérieur qui a enterré la police
de proximité mise en place par ses prédécesseurs de gauche.
Une certaine idée de l'immigration
Ce qu'il veut faire. L'objectif
de Sarkozy est affiché : limiter l'immigration «subie». Le
candidat de l'UMP a annoncé la création d'un «ministère de l'Intégration et
de l'Identité nationale» regroupant les attributions confiées
aujourd'hui à trois ministères. Il a également promis, dès juillet, une
troisième loi sur l'immigration et précisé que les immigrés souhaitant venir en
France au titre du regroupement familial devraient apprendre des «rudiments» de
la langue française.
Ce qu'il a fait. Alors
ministre de l'Intérieur, il a fait adopter deux lois sur l'immigration, en 2003
puis en 2006. La première comprenait une disposition plutôt favorable aux
immigrés avec la suppression partielle de la «double peine». La
seconde a durci les conditions de régularisation des immigrés en situation
irrégulière, et celles d'entrée et de séjour des étrangers. Hautement
symbolique, la suppression de la régularisation de plein droit après dix ans de
séjour, même clandestin, en France. La lutte de Sarkozy contre l'immigration
clandestine s'est accompagnée d'une augmentation des reconduites à la frontière
: 24 000 en 2006, un chiffre toutefois inférieur aux objectifs fixés aux
préfectures. La loi de 2006 était également censée ouvrir la porte à une
immigration «choisie». Malgré quelques accords signés avec des
pays comme le Mali, ce système tarde à prendre forme.
Une certaine idée de l'individu
Ce qu'il veut faire. Nicolas
Sarkozy pourrait revenir à la charge en proposant le dépistage des signes
avant-coureurs de délinquance chez les enfants de moins de 3 ans. Il s'était
déjà appuyé sur un rapport de l'Institut national de la santé et de la
recherche médicale qui préconisait «le repérage des perturbations du
comportement dès la crèche et l'école maternelle». A trop scruter les
«susceptibilités génétiques», il risque de considérer qu' «un
sujet "est" délinquant avant même d'entrer dans l'existence», comme
le regrettait alors le docteur en psychopathologie Rodolphe Adam.
Ce qu'il a dit. Dans un
entretien avec Michel Onfray, publié par Philosophie magazine d'avril,
Nicolas Sarkozy déclarait : «J'inclinerais à penser qu'on naît
pédophile», et, plus loin : «Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se
suicident en France chaque année [...] parce que, génétiquement, ils avaient
une fragilité, une douleur préalable [...]. Les circonstances ne font pas tout,
la part de l'inné est immense.»
Une certaine idée du social
Ce qu'il veut faire. Le
candidat Sarkozy veut encadrer le droit de grève en imposant un vote à bulletin
secret au bout de huit jours d'arrêt de travail. Dans le secteur public, il
souhaite l'organisation d'un service minimum instauré par la loi dès juillet.
Il veut réduire le nombre de fonctionnaires en ne remplaçant pas les départs à
la retraite. Pour les salariés du secteur privé, il veut remplacer le CDI et le
CDD par un contrat de travail unique, sur le modèle du contrat nouvelle
embauche (CNE) ou du contrat première embauche (CPE), ce qui permettrait à tout
employeur de se séparer d'un salarié sans avoir à se justifier, en contrepartie
d'une indemnité de licenciement revalorisée. Sa proposition d'exonérer
totalement de charges sociales et fiscales les heures supplémentaires, payées
25 % plus cher, signerait la fin des 35 heures avec un effet négatif sur
l'emploi, les entreprises ayant intérêt à allonger la durée du travail plutôt
qu'à embaucher.
Ce qu'il a fait. Du fait de
ses fonctions ministérielles, Sarkozy n'a jamais eu à intervenir directement
dans le domaine social. Son passage au ministère de l'Economie, de mars à
novembre 2004, fut bref. Le budget 2005, qu'il a préparé et fait voter, se
traduisait essentiellement par le non-remplacement d'une partie des départs à
la retraite de fonctionnaires. Il a soutenu la création du CNE à l'été 2005,
mais quand Dominique de Villepin a lancé le CPE en janvier 2006, il a
prudemment laissé le Premier ministre s'enferrer avant de plaider comme
président de l'UMP pour un repli stratégique.
Une certaine idée du logement
Ce qu'il veut faire. Alors que
la France compte 1,3 million de demandeurs de HLM, Nicolas Sarkozy, entend
fixer «une obligation annuelle de vente de 1 % du parc social, soit 40 000
logements» sociaux par an. Cela permettrait «de rendre le rêve de
propriété accessible à beaucoup de personnes qui en sont exclues
actuellement», argumente le candidat UMP. Mais ces ventes risquent de
concerner les plus beaux morceaux des HLM (les immeubles les mieux situés, les
mieux construits), laissant dans le champ du parc social les cités ou les
bâtiments les plus excentrés, accentuant ainsi les phénomènes de ghettoïsation.
La mise en oeuvre d'un tel programme risque aussi de réduire l'offre d'habitat
social, au moment même où les loyers du privé flambent et deviennent
inaccessibles aux ménages à petits revenus, voire moyens en région parisienne
et dans les grandes métropoles régionales.
Ce qu'il a fait. Président
du conseil général des Hauts-de-Seine, Nicolas Sarkozy a décidé en 2005 de
vendre 4 000 HLM dans son département en cinq ans (soit 800 par an en moyenne).
Pour faire taire les critiques, il a promis de les remplacer par des
constructions nouvelles, devant s'ajouter aux 3 300 logements sociaux nouveaux
déjà programmés annuellement par le département. Ce qui fait un total de 4 100
logements HLM à réaliser chaque année. Mais sur le terrain ça ne suit pas :
seulement 2 590 ont été construits en 2006 et à peine plus de 1 500 en 2005.
Autre fait d'armes : maire de Neuilly pendant neuf ans, Nicolas Sakozy n'a
jamais accordé une quelconque priorité au logement social. Sa ville compte
moins de 3 % de HLM. C'est l'une des pires élèves parmi les communes de France,
bien en deçà des objectifs de la loi SRU qui impose 20 % de logements sociaux
dans les communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France).
Une certaine idée de la santé
Ce qu'il veut faire. Son
programme Ensemble réaffirme les grands principes du modèle
français de Sécurité sociale, pour «garantir l'égalité et l'équité de
l'accès aux soins pour tous». Mais Nicolas Sarkozy veut «également
que chacun se sente responsable du financement de notre système de
santé». Aussi propose-t-il «un système avec quatre franchises :
les premiers euros annuels sur les examens biologiques, les premiers euros
annuels sur les médicaments, les premiers euros annuels sur les visites
médicales et même sur l'hospitalisation». Ces sommes, inscrites sur
un «compte annuel», ne seraient «pas remboursées» par
la Sécurité sociale. Leur montant ferait l'objet d'un «débat chaque année
devant le Parlement» et serait fonction de la santé financière de
l'assurance maladie. Cette logique strictement comptable de rééquilibrage des
comptes de la Sécurité sociale reviendrait à rembourser de moins en moins les
malades, les contraignant à souscrire des assurances complémentaires de plus en
plus onéreuses.
Ce qu'il a fait. Ministre
de l'Economie en 2004, au moment où ses homologues à la Santé, Philippe
Douste-Blazy et Xavier Bertrand, préparaient et faisaient voter la réforme de
l'assurance maladie, Sarkozy ne leur a pas permis de puiser dans les recettes
fiscales pour renflouer la Sécurité sociale. Défenseur de l'orthodoxie
budgétaire et partisan d'une réduction des prélèvements obligatoires, il ne
connaît que la baisse des dépenses pour équilibrer les comptes, qu'il s'agisse
du budget de l'Etat ou des comptes sociaux.
Une certaine idée de la fiscalité
Ce qu'il veut faire. Nicolas
Sarkozy a prévu d'abaisser encore le «bouclier fiscal» (qui
permet de plafonner le total des impôts payés par un contribuable) à 50 %,
alors qu'il est actuellement de 60 %. Surtout il souhaite supprimer jusqu'à 95
% des «droits de donation et de succession pour tous les patrimoines petits
et moyens». Or, en France, grâce à la législation fiscale existante,
80 % des patrimoines transmis en ligne directe échappent déjà à toute
imposition. Avec cette nouvelle proposition, 15 à 20 % des Français les plus
riches échapperaient à nouveau aux successions. L'impôt sur la fortune pourrait
de fait disparaître. Le candidat promettant une déduction de 50 000 euros de
l'impôt contre un tel investissement dans une PME. La politique fiscale, au
final, devrait profiter aux citoyens les plus aisés.
Ce qu'il a fait. En cinq
ans, la droite a mené une étrange politique fiscale. Que jamais Sarkozy n'a
désavouée. Baissant de manière drastique l'impôt sur le revenu (IR), dont le
taux marginal a progressivement été abaissé à 40 %. Aujourd'hui l'IR ne
représente plus que 25 % des recettes fiscales de l'Etat. Mais dans le même
temps, la majorité a réussi la prouesse de faire augmenter le taux des
prélèvements obligatoires : l'ensemble des taxes fiscales et sociales atteint
44,4 %. Elle a aussi inventé le «bouclier fiscal» . Autant de
mesures fiscales au service des plus aisés.
Une certaine idée des médias
Ce qu'il veut faire. Il prévoit
un superministère rassemblant les médias, la culture et l'éducation, et un
renforcement des missions culturelles de France Télévisions. En matière de
médias, le programme de Nicolas Sarkozy est maigre. Il faut dire qu'il en a
déjà tellement fait...
Ce qu'il a fait. Dernier
incident en date : il pète les plomb en coulisses de l'émission France
Europe Express sur France 3 parce que monsieur n'a pas de loge.
Sarkozy n'aime rien tant que mettre sa patte dans les médias, où il compte
beaucoup d'amis : Arnaud Lagardère, patron du groupe éponyme qui a gentiment
viré Alain Genestar, patron de Paris-Match coupable d'avoir
publié une une présentant Cécilia Sarkozy et son nouvel amoureux ou encore
Martin Bouygues, qui possède TF1. Sarkozy aime aussi beaucoup passer des coups
de fil. A Robert Namias (TF1) et Arlette Chabot (France 2) pour les remercier
d'avoir levé le pied sur le soulèvement des banlieues fin 2005. A Bertrand
Méheut, patron de Canal +, pour, en juin 2005, défendre Karl Zéro dont
l'émission est menacée. A Edouard de Rothschild pour se plaindre de la façon
dont Libération le traite. Le zélé Jean-Pierre Elkabbach
cherche-t-il à Europe 1 un journaliste politique pour suivre l'UMP qu'il
demande conseil à... Nicolas Sarkozy. «Normal, répond celui-ci, j'ai
été ministre de la Communication.»
Une certaine idée du pouvoir
Ce qu'il veut faire. Comme
souvent en la matière, les postulants à l'Elysée oublient rapidement leur
promesse de partager les pouvoirs du chef de l'Etat qu'ils viennent de se voir
attribuer par le peuple. Lorsqu'il dit vouloir un «président fort», nul
doute que Nicolas Sarkozy le sera. Et surtout, quinquennat oblige, plus engagé
dans la conduite de la politique quotidienne. Dans ce cadre, le Premier
ministre ne sera plus qu'un chef d'équipe gouvernementale. Logique dans ces
conditions que le Président vienne s'expliquer en personne devant le Parlement,
ce qui lui était interdit jusqu'à présent par la tradition républicaine. Tout
aussi logique qu'il ne puisse plus se prévaloir d'aucun «domaine réservé»
(politique étrangère et défense). Pour mettre en oeuvre ces réformes, Nicolas
Sarkozy a annoncé qu'il désignerait avant l'été une commission de révision de
la Constitution dont les conclusions seront soumises au Parlement en septembre
Ce qu'il a dit. L'ancien
ministre de l'Intérieur défend les institutions de la Ve République : «Ce
régime, avec son président fort et son gouvernement doté des moyens d'agir, est
fait pour la France», expliquait-il ainsi début avril. Mais, pour
lui, «le président de la République devra gouverner». S'il entend
conserver l'essentiel des institutions créées par le général de Gaulle en 1958,
il veut les amender sur deux points : en limitant le nombre de mandats
présidentiels à deux et renforçant les pouvoirs du Parlement, qui aura un droit
de regard sur les nominations dans les grandes institutions (Conseil
constitutionnel, Conseil supérieur de l'audiovisuel, etc.).
Cf liberation.fr
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