24 avril 2007
Un mouton dans la baignoire
Un mouton dans la baignoire, Azouz
Begag, Fayard, 2007
Zoé
Castillex
mercredi 11 avril 2007
Azouz Begag est un écrivain, un vrai. Son livre est un
témoignage irremplacable des arcanes de l’Etat. Pas une charge au vitriol
contre Sarkozy, pas une bessonnerie de droite. Un livre, un vrai.
On nous avait annoncé le
brûlot au vitriol contre Sarkozy. Les médias, avides de jeux du cirque,
rêvaient d’une sorte de Besson de droite. Les sarkozystes, toujours prompts à
dégainer, avaient demandé, et obtenu, sa tête. Ils seront tous déçus. Mais les
amoureux de littérature vont adorer ce mouton dans la baignoire.
Car le livre d’Azouz Begag
est d’abord un superbe livre. Le ministre de l’égalité des chances (et pas de
l’intégration, on vous dit !) s’est souvenu qu’il était écrivain. C’est
d’une langue inventive, créative, malicieuse, frondeuse, taquine, modeste et
souvent émouvante qu’il nous conte ses mésaventures dans la cage des
politiques.
C’est tout le mandat de
Villepin qui nous est raconté, vu par une sorte de Monsieur Hulot (l’autre) des
Aurès qui aurait pu assister au conseil des ministres, un gône ultrasensible,
hyper fier de faire entrer avec lui tous ses ancêtres sous les ors de la
République, heureux de faire entrer la banlieue au sommet de l’Etat,
observateur attentif (il est sociologue, aussi, le bougre) des agissements des
uns et des autres. Tenaillé, aussi, par la frousse, réveillé toutes les nuits,
habité par cette « pierre » qui s’ébroue dans son estomac.
On se dit qu’il en faut, de
l’estomac, pour survivre dans ce monde là, où la victoire, pour être
définitive, passe immanquablement par l’anéantissement politique, médiatique et
psychologique de l’adversaire. Il faut être bien sûr de soi, ou poète, pour en
sortir intact.
La gauche en prend pour son
grade, aussi. Combien de députés Noirs ou Arabes dans ses rangs ? Pourquoi
cette conviction d’être les dépositaires légitimes des votes populaires et de
ceux des banlieues ?
Du coup, devant tant de
verve et tant de malice, on en vient à se demander comment un tel homme a pu
être un ministre aussi peu existant. Et on trouve dans ce livre des
informations plus profondes encore qu’il n’y paraît. Et tout d’abord sur le
fait qu’Azouz Begag, ministre sans portefeuille (sans administration ni budget)
estime, lui, avoir bien œuvré... et qu’on est tenté de lui accorder ce crédit.
On se rend compte aussi de
combien le pouvoir est codé, combien il est difficile à qui vient de la société
civile de saisir les règles des relations entre ministres, des relations avec
le parlement, de la communication avec la presse (pas d’annonce importante le
vendredi, enfin !).
On voit aussi la violence
des rapports entre ces hommes.
On voit le poids des
disciminations, comme cet huissiers du Sénat, un jour de questions au
gouvernement, qui ne veut pas laisser rentrer cet Arabe qui se prétend ministre
et qui, voyant un garde du corps qui l’accompagne, au lieu d’entrevoir son
erreur s’écrie : « Et vous êtes armés, en plus ! ».
Une mélasse de préjugés dont il faut s’extraire au quotidien. Les gages à
donner aux collègues pour prouver qu’on n’est pas ministre des Arabes.
Et puis, bien sûr, quand
même, la fatwa sarkozyste. Les injures envers ce « villepiniste »
qui a osé dire que l’on ne pouvait pas traiter les jeunes de banlieue de
« racailles » quand on était ministre de la République. Et qui
s’est attiré de ce fait la haine inextinguible de Sarkozy.
Extrait : « Tu
es un connard ! Un déloyal ! Un salaud ! Je vais te casser la
gueule ! Tu te fous de mon nom... [1]
Azouz Sarkozy ! Je vais te montrer, moi, Azouz Sarkozy... Tu te fous de
mon physique, aussi, je vais te casser la gueule, salaud ! Connard ! »
Il y a cela, bien sûr, et
la confirmation de la paranoïa, de la violence et de la colère permanente du
ministre de l’intérieur. Mais il serait regrettable de réduire ce livre à cela.
il y a trop de petites gens, d’ancêtres algériens à qui on envoie, en vain, des
SMS, peut-être pas si vains que cela. D’amour de la France, d’amour de Lyon,
d’amour de l’humanité...
Parce que l’essentiel est
quand même que : « De jeunes Africains quittent leur misère pour
aller se perdre dans les mains des faux passeurs qui les arnaquent dans les
sables du Sahara, dans le détroit de Gibraltar, dans les courants de la
Méditerranée, à Lampedusa. Les passages vers l’Europe regorgent de cadavres
d’êtres humains en quête d’humanité ».
Merci Azouz
Source : BetaPolitique
Commentaires
Une question subsiste
Comment Azouz Begag en est il arrivé là...Homme cultivé (sociologue je crois?), quel a été son choix de vie, son choix de valeurs. Serait-il assez candide pour s'être laissé prendre aux sirènes des discours qui - tant qu'ils ne sont pas confirmés par des actes passée et présents -n'engagent que ceux qui y croient !..
Son instruction, et son niveau intellectuel (sociologue je crois?) me laissent penser qu'il n'a pas l'excuse de la naïveté...
De la candeur, alors? Pourquoi pas... Mais ses motivations, et ses engagements actuels et à venir me laisseront toujours perplexe...
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