17 juin 2007
Être femme ou issu de la diversité aux législatives
Ifop - 15/06/2007
Hormis les processus classiques (vote des militants, respect des équilibres entre courants etc...), les états-majors des partis ont dû pour ces élections législatives intégrer d'autres règles quant à la désignation de leurs candidats. A l'obligation légale et financière de respect de la parité hommes/femmes s'est en effet rajouter la nécessité d'afficher un renouvellement des visages et des parcours en accordant une place aux jeunes (dont la définition est, il est vrai, assez extensive en politique...) et à des candidats issus de l'immigration ou d'outre-mer et qu'on a parfois appelés « candidats de la diversité ».
Des efforts ont été faits en matière de parité par certains partis puisque le PS ou le PC par exemple ont alignés 46 % de candidates. Ce taux est beaucoup plus faible à l'UMP qui ne présentait que 27 % de femmes. Il est vrai que ce mouvement, comptant un nombre très important de sortants, la plupart du temps masculins, il lui était plus difficile d'atteindre la parité. Le Modem, nouvellement créé, n'était pas confronté à cette difficulté structurelle, et pourtant, le taux de candidates s'est seulement élevée à 37 %. Au FN, comme dans les autres partis dépourvus de députés, le respect de la parité a été parfait, les sanctions financières ayant sans doute joué pour ces mouvements qui dépendent fortement des aides publiques reçues à l'occasion des législatives.
La
question de la parité ayant donc pesé d'un poids important dans les
stratégies politiques, nous avons souhaité mesurer s'il y avait ou non,
pour un parti, un impact électoral à présenter un candidat plutôt
qu'une candidate.
Comme on peut le voir
sur le tableau suivant, il est intéressant de constater que pour le PS
et l'UMP, soit les formations disposant du nombre le plus important de
député(e)s sortant(e)s, le score obtenu par leurs sortants est
identique qu'ils soient hommes ou femmes.
Score moyen des candidats Score moyen des candidates Ecart de score hommes/femmes
| Score moyen des candidats | Score moyen des candidates | Ecart de score hommes/femmes |
UMP sortants | 46,9 % | 47,1 % | - 0,2 |
PS sortants | 38,5 % | 38,1 % | + 0,4 |
|
|
|
|
UMP non-sortants | 37,3 % | 31,3 % | + 6 |
PS non-sortants | 25,6 % | 22,3 % | + 2,3 |
Modem non-sortants | 8,1 % | 7,9 % | + 0,2 |
PC non-sortants | 5,6 % | 3,1 % | + 2,5 |
FN non-sortants | 4,7 % | 4,2 % | + 0 |
Les différences se creusent en revanche lorsque l'on considère le sort des non-sortants. A l'UMP, un candidat au premier tour des législatives a obtenu en moyenne six points de plus qu'une candidate du même parti...Parmi les non-sortants, l'écart existe également en faveur des candidats hommes au PS et au PC même s'il est moindre, de l'ordre de 2 points. Pour le Modem et le FN (dont on dit pourtant que l'électorat est plus machiste et plus masculin), il n'y a quasiment pas d'écart entre le résultat moyen enregistré par les candidates et celui des candidats.
L'écart
observé sur les résultats des candidats non-sortants hommes et femmes à
l'UMP et dans une moindre mesure au PS s'expliquerait-il par le fait
que les circonscriptions dévolues aux femmes soient des
circonscriptions plus difficiles comme on a pu l'entendre parfois .
Pour
tenter de répondre à cette question, nous avons calculé le score obtenu
par le parti lors des législatives de 2002 dans les circonscriptions où
des hommes ont été présentés en 2007 et comparé ce résultat avec le
score obtenu en 2002 dans les circonscriptions où des femmes étaient
candidates en 2007.
| Score du parti en 2002 dans la circonscription où se présente un candidat | Score du parti en 2002 dans la circonscription où se présente une candidate | Ecart de score |
UMP non-sortants | 35,9 % | 36,5 % | - 0,6 |
PS non-sortants | 28 % | 26 % | + 2 |
Comme
on peut le voir, il ne semble pas, dans le cas de l'UMP, que les
circonscriptions « réservées » aux femmes aient été intrinsèquement
moins favorables à ce parti puisqu'en moyenne le résultat de 2002 était
identique dans les deux types de circonscriptions. C'est un peu plus
vrai en revanche pour le PS qui faisait, en 2002, en moyenne 2 points
de plus dans les circonscriptions où des hommes ont été présentés 2007
que dans celles où ce sont des femmes qui ont porté ses couleurs en
2007.
Il est intéressant de remarquer que ce décalage de deux
points correspond à celui observé précédemment entre le score moyen des
candidats et celui des candidates PS en 2007. Tout se passe donc si cet
écart hommes/femmes en 2007 provenait pour le PS d'abord de « la nature
du terrain » des circonscriptions.
Un autre facteur a sans doute également joué, notamment dans le cas de l'UMP, c'est celui de l'expérience militante et électorale. L'écart de 6 points entre le score moyen d'un candidat UMP non-sortant et celui d'une candidate UMP non-sortante, ne s'explique ni par une orientation politique plus favorable à la droite des circonscriptions retenues comme on l'a vu, ni par une réticence de l'électorat de droite à voter pour une femme (car sinon on devrait retrouver une trace de ce « machisme » dans le score des sortantes UMP qui devrait être inférieur à celui de leurs collègues, or ce n'est pas le cas) mais cela s'explique peut être par le fait que les candidates investies soient moins anciennes dans le combat politique et qu'elles soient des militantes moins chevronnées que les hommes présentés, davantage rodés aux campagnes électorales.
Si,
on l'a vu, les partis politiques ont accordé une place plus importante
aux femmes, les candidats de la diversité, bien qu'assez médiatisés
pour certains d'entre eux, ont été assez peu nombreux. On en a ainsi
dénombré 20 au Parti Socialiste et 7 à l'UMP. Compte-tenu de ce nombre
réduit, nous avons pu uniquement faire porter nos calculs sur les
candidats du PS. Ces 20 candidats issus des minorités, tous non
sortants, ont obtenu un score moyen de 17,9 % au premier tour à
comparer avec les 24,2 % des 391 candidats socialistes non-sortants non
issus des minorités. On pourrait penser de prime abord que cet écart
important de plus de 6 points s'expliquerait par le fait qu'un certain
nombre de candidats de la diversité aient dû affronter des dissidents
dans leur circonscription. Cela s'est produit dans 4 cas sur 20, ce qui
n'est pas négligeable et ce qui montre que ces candidatures ont parfois
été mal acceptées. Et comme on peut le voir dans le tableau suivant,
dans 3 de ces quatre circonscription, le dissident est arrivé devant le
candidat officiel issu de la diversité.
Circonscription | Candidats du PS | Dissidents |
1ère de l'Aisne | M.Karimet : 20,2 % | M.Dosière : 25,1 % |
4ème de Charente | M. Boutih : 15,7 % | Mme Pinville : 21 % |
2ème de Haute-Marne | Mme Drissi : 7,3 % | M.Daverdon : 8,2 % |
21ème de Paris | Mme Pau-Langevin : 27,8 % | M.Charzat : 14, |
Mais,
même lorsque l'on isole les 16 circonscriptions où se présentaient des
candidats issus des minorités sans qu'il n'y ait de dissident, leur
score moyen s'établit à 18,4 % soit toujours un différentiel de près de
6 points avec les autres candidats socialistes non-sortants et non
issus de l'immigration...la cause est donc à rechercher ailleurs. Ce «
gap » pourrait alors s'expliquer par la nature de la circonscription
que l'on a attribué à ces candidats. Il est en effet frappant de
constater que le score du PS en 2002 atteignait seulement 11,2 % en
moyenne dans les 20 circonscriptions où ont été investis pour 2007 des
candidats de la diversité contre 16,2 % (soit 5 points de plus) dans
les 391 autres circonscriptions où les candidats socialistes étaient
cette année non-sortants et non représentants de la diversité. Aux
prises parfois à des dissidents bien implantés, les candidats
socialistes issus de la diversité ont donc dû de plus faire face à un
terrain électoral moins favorable.
Jérôme Fourquet
Directeur-adjoint du Département Opinion publique
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